Focus sur… SOS Fantômes (1984)

SOS Fantômes Ghostbusters Affiche Tout Est Son Contraire #Data2Films

Salut tout le monde !
Aujourd’hui, on parle du film S.O.S Fantômes, le tout premier, sorti en 1984 ! Quand j’étais môme, je regardais le dessin animé dérivé de ce film, mais je n’avais jamais eu l’occasion de voir l’œuvre en elle-même. Mais avec les nombreux débats sur le remake de 2016 et le fait qu’on m’ait proposé d’aller assister au film en avant-première, j’ai trouvé l’excuse idéale pour enfin visionner ce film considéré culte par de nombreuses personnes !

La représentation est essentielle pour toutes les catégories de population de notre société. Elle forge la façon dont nous nous percevons, et percevons les autres. C’est pourquoi j’ai décidé de regarder comment et à quelle fréquence étaient représentées ces catégories.
Rappel : Il est possible d’analyser et critiquer un film tout en l’appréciant. Parfois, ça permet même de l’apprécier d’avantage !

Ce film m’a laissé une sensation mitigée. En effet, j’aime beaucoup le concept de la chasse aux fantômes, et j’aurais voulu en voir plus tellement cette idée a du potentiel. En revanche, il y a quelques points extrêmement négatifs, qui m’ont clairement limité dans mon appréciation de cette œuvre. Allons de suite voir tout cela !
[Trigger Warning : Harcèlement sexuel, agressions sexuelles]

Attention, ce produit peut contenir des traces de spoilers.

☼ Les personnages :

Peter Venkman : C’est le chasseur de fantôme que nous allons suivre le plus parmi nos quatre chasseurs de fantômes.

Raymond Stantz : Son comportement et son apparence laisse à penser que ce serait le plus jeune et/ou le plus immature des chasseurs de fantômes. Il fait partie des trois membres créateurs.

Egon Spengler : Un peu l’opposé de Raymond : il semble être le plus mûr et le plus âgé des trois membres créateurs de l’agence.

Dana Barrett : La première cliente de l’agence, et la cible des sollicitations répétées de Louis et Peter.

Louis Tully : Le voisin de Dana, qui n’a de cesse de la harceler.

Winston Zeddemore : Le dernier des chasseurs de fantômes, recruté au cours du film devant le trop grand nombre de cas auxquels est confrontée l’agence.

Walter Pen : Membre de la Commission de Protection de l’Environnement, il entre en conflit avec Peter et tentera de détruire leur agence, sans avoir conscience des conséquences de ses actes.

J’ai hésité à mettre Janine, la secrétaire de l’agence, mais elle a clairement un rôle trop secondaire. De même, Gozer, malgré son rôle de principal antagoniste, est si peu traité.e tout le long du film qu’iel ne mérite pas une place entière. Nous évoquerons toutefois ces deux personnages au cours de l’article.

☼ Who you gonna call ? Ha-rassers !

SOS Fantômes Ghostbusters Genre Sexisme #Data2Films

Bon, alors parlons un peu de genre. Comme vous pouvez le constater, les proportions sont toutes sauf équilibrées, avec 86% d’hommes, seulement 14% de femmes (uniquement Dana) de vraiment représentées et 0% pour les autres identités de genres.

Mais là on atteint la partie funky, parce que la représentation des femmes dans ce film, ainsi que la façon dont elles sont traitées par les autres personnages, est extrêmement problématique.
Il n’y a que 5 personnages d’apparences féminines qui apparaissent clairement dans ce film : une femme âgée travaillant à la bibliothèque, une jeune femme aillant consenti à participer à une expérience, Janine Melnitz (la secrétaire), Dana Barrett et Gozer, une divinité antique qui choisit une forme féminine lors de son incarnation. Et toutes ces représentations sont problématiques, soit par leur représentation elle-même, soit par la façon dont les personnages sont traités, soit les deux. Et là jvous conseille de vous asseoir parce que ça va être long.

La bibliothécaire, en état de choc après son agression par un fantôme, se voit interrogée sur la phase de son cycle menstruel, ce qui implique que la clarté de pensée d’une femme et le crédit que l’on doit donner à ses propos seraient fonction de son cycle lutéal. Or, désolé.e de vous décevoir, mais les femmes, qu’elles aient un utérus ou non, sont capables de constance et de clarté dans leur perceptions, quelles que soient les hormones qui pourraient se promener dans leur sang. Ceci était donc une blague sexiste gratuite.

La jeune femme participant à l’expérience est manipulée tout du long par Peter Venkman qui, plutôt que de chercher à observer un quelconque phénomène, lui fait croire qu’elle devine toutes les cartes qu’il lui propose pour la convaincre de sortir avec lui, ce qui est extrêmement malsain : déjà parce qu’il lui ment éhontément, ensuite parce que la situation n’est pas sur un pied d’égalité (elle est participante à une expérience et a l’air d’être étudiante, lui est responsable de l’expérience et est professeur d’université, il est donc en position de supériorité vis-à-vis d’elle). Ce n’est ni l’endroit ni le moment d’avoir ce genre de comportement – il aurait très bien pu attendre la fin des expériences, qu’il n’y ait plus de rapport de subordination entre elle et lui, pour lui proposer, d’égal.e à égal.e, de se voir si elle le souhaitais. On est donc déjà dans une interaction abusive entre deux personnages, présentée comme une scène comique. Parce que le harcèlement, vous savez, c’est tellement drôle (indice : non).

De tous les personnages, Janine Melnitz a l’air d’être la plus intéressante. Elle a l’air d’avoir un caractère assez fort, mais elle fait partie des personnages les moins développés. De plus, elle reste cantonnée à des rôles très genrés : le secrétariat, métier associé aux femmes et dévalué pour cela, la façon dont elle exprime son inquiétude pour Egon, typique du rôle de la femme qui reste passivement sur le côté tout en s’inquiétant pour les hommes dans l’action. De plus, elle est sexualisée, de par sa relation plus ou moins ambigüe avec Egon et, surtout, avec la scène d’exposition du personnage, où Egon sort de sous son bureau (il réglait probablement un problème technique) et qu’elle commente sa dextérité.

Maintenant arrive le cas de Dana Barrett. Ce personnage, présenté comme la love interest, est extrêmement problématique à elle seule.
Déjà, elle est victime de harcèlement de la part de deux autres personnages : Louis, son voisin, qui la stalke dans les couloirs de leur immeuble (même lors d’une soirée avec la musique à fond, il sait quand elle est en train de passer), et Peter. Au début, elle semble assez bien gérer face à Louis, et même face à Peter, qui a clairement un comportement déplacé, profitant du fait qu’elle a besoin des services de l’agence pour avoir accès à son appartement, fait des allusions déplacées (par exemple en manifestant clairement le fait qu’il soit content d’apprendre qu’elle vit seule), fouille dans son frigo en commentant son contenu, s’installe dans le canapé, n’hésite pas à la manipuler émotionnellement en lui déclarant son amour (ils se connaissent depuis 5 minutes de films grand maximum, et au mieux 2 heures si on considère qu’ils ont mis du temps à venir chez elle depuis l’agence). Elle tente tant bien que mal de le repousser, et il en profite pour feindre de mal comprendre où est le problème et de la culpabiliser. Dans la VO, lorsqu’elle lui demande de partir, tout en se levant, il dit devant elle :
‘And then she threw me out of her life. She thought I was a creep, she thought I was a geek and she probably wasn’t the first’, ce qui pourrait se traduire par «Puis elle me jeta hors de sa vie. Elle pensait que j’étais un creep [je ne connais pas de traduction officielle pour creep, ça désigne une personne bizarre et peut être à la fois utilisé pour une personne bizarre/dangereuse/malveillante ou juste quelqu’un de différent, un peu exclu], elle pensait que j’étais un geek, et elle n’était probablement pas la première». Cette phrase a un impact très fort. Déjà, il parle de Dana comme si elle n’était pas là, comme si il rédigeait son autobiographie devant elle, et c’est très méprisant. Ensuite, il parle d’être « jeté hors de sa vie », or il la connaît à peine et leur seul lien, c’est qu’elle est une de ses clientes, il n’a jamais fait partie de sa vie. Mais en formulant les choses ainsi, il suscite la douleur d’être exclu d’une relation (qui n’a jamais existé) et se place en victime. De plus, si Dana a une réaction de rejet, c’est parce qu’il est intrusif, que son comportement est déplacé, et est déjà de l’ordre du harcèlement, elle est dans son droit le plus strict de le faire. Mais lui déplace le sujet en justifiant ce rejet par le fait qu’il serait « un creep », « un geek », bref un pauvre type incompris de tou.te.s (ce qui est accentué par l’idée qu’elle ne serait pas la seule). Sauf qu’en fait, on s’en fout. Imaginez : vous surprenez un.e de vos invité.e.s en train de vous voler, lui demandez de partir sur-le-champ, et cet.te invité.e.s vous culpabilise en disant qu’iel est incompris.e… On s’en fout, ce n’est juste pas le propos. Peter finit par partir, mais en décidant de faire ses preuves. On retrouve alors les mêmes clichés que dans de nombreux jeux vidéos, où si l’homme prouve suffisamment sa valeur par sa bravoure, son intelligence, sa force, alors la femme passive qui le regardait du haut de sa tour tombera forcément à ses pieds. Scoop : dans la vraie vie, non.
Le hic, c’est qu’au final, dans le film ça marche. Il devient célèbre, il utilise le fait qu’elle soit sa cliente pour lui proposer un rendez-vous, qu’elle accepte alors qu’elle n’a littéralement aucune raison de le faire (il a déjà montré qu’il ne respectait pas ses limites à elle, et en cela il est dangereux). Lorsqu’elle est possédée, il n’a aucune honte à l’embrasser dans le cou avant de partir, abusant donc de son état et de la situation. Enfin, lorsqu’elle sort de cet état, elle ne se souvient pas de tout ce qui s’est passé, elle est probablement en état de choc avancé, mais il n’hésite pas à l’embrasser devant des dizaines de spectateurs/journalistes. Ce qui lui met à la fois une pression sociale monstrueuse (si elle refuse, elle sera jugée par tou.te.s pour avoir refusé un baiser à l’homme qui a sauvé la ville), mais est également un abus de sa situation. Ce baiser est toutefois présenté comme un acte consenti, parce que vous savez, quand vous venez d’être victime d’une agression, se réveiller dans les bras d’une personne qui vous a harcelé et être embrassée deux minutes plus tard par cette même personne, c’est tellement la première chose dont vous avez besoin (scoop : pas du tout). On a même la petite musique romantique quand Dana se réveille dans les bras de Peter.
Bref, le film présente le harcèlement de Dana par Peter comme complètement normal : finalement, à la fin, elle dit oui, donc c’est ok, même si on l’a harcelé, qu’on a abusé de situations de faiblesses et qu’on l’a agressé. D’ailleurs, la seule différence sur ce point entre Peter (présenté comme un héros) et Louis (présenté comme un looser), c’est que Peter devient célèbre. Donc en fait, si vous êtes un type pas très doué en relations sociales, alors on se moquera de vous (le running gag du type enfermé hors de chez lui, la façon dont il est exclu à la fin, etc), et si vous devenez célèbre, alors n’hésitez pas à harceler les femmes, elles vous désireront d’autant plus ! Sérieusement, c’est ultra glauque, comme message.
Pour conclure avec le personnage de Dana, lorsqu’elle est possédée par Zuul, elle devient extrêmement sexualisée, tentant d’attirer Peter en lui proposant des interactions sexuelles, lui demandant si il désire son corps. C’est assez classique, le coup de la femme démoniaque sexy qui tente d’attirer le mâle par son corps. C’est aussi complètement sexiste, et ça renvoie à la fois l’idée qu’une femme qui a du désir est une femme mauvaise, et qu’une femme n’a comme seul intérêt que son corps (puisqu’elle ne trouverai rien d’autre pour attirer quelqu’un que ça). Enfin, Dana, possédée par Zuul retrouve Louis, possédé par Vinz Clortho, les deux ont une relation sexuelle afin d’invoquer Gozer. Dana est donc une victime d’agression sexuelle, mais la scène est présentée comme au mieux grave (mais parce que Gozer est invoqué.e, et pas parce que Dana est violée), au pire sensuel (parce que ça ne nous est pas présenté comme une agression, juste comme une femme fatale qui fait des trucs sexy. Sauf que non).

Enfin, parlons de Gozer, qui a une durée d’apparition de quelques minutes. Gozer, cette divinité que nos héros craignaient tout au long du film. Il se trouve que Gozer se présente sous une forme considérée comme plutôt féminine, et autant sa représentation que la réaction des chasseurs de fantômes est critiquable.
Déjà, la seule chose qui couvre la nudité de Gozer est un peu de mousse (faut croire que dans l’autre monde y’avait une soirée mousse et qu’iel a pas vu le temps passer !), des fois qu’on aie pas eu assez de corps féminin représentés juste pour générer une pauvre tension sexuelle chez le spectateur mâle cisgenre hétéro. Et pour couronner le tout… Iel est en talons. Parce que quand même, même dans un monde de divinités antiques, quand on dit femme on dit talons. Évidemment.

SOS Fantômes Ghostbuster Gozer Talons Heels Sexisme #Data2Films(Et toi, tes bains tu préfères les prendre avec ou sans tes chaussures à talons ?)

Quand à la réaction des chasseurs de fantôme, leur premier réflexe est de… S’étonner que Gozer, une divinité antique, puisse avoir une apparence féminine. Parce que bon, les fantômes, les cerbères, tout ça, pas de souci mais que Gozer ait pris la forme de SEULEMENT 50% DE LA POPULATION là c’est plus possible, c’est trop compliqué pour eux. Puis, une fois que leur cerveau, à force de reboot, finit par intégrer l’information, Gozer sera désigné.e uniquement par des termes lae renvoyant à sa féminité, de façon péjorative. En VO, on a ‘this chick‘, ‘this prehistoric bitch‘, avec de plus un certain sous-entendu sexuel dans la façon dont les chasseurs de fantômes préparent leurs armes pour l’attaquer. Enfin, Gozer disparaît très (trop) facilement, la confrontation est décevante jusqu’au bout.
Voilà pour ce qui est de la représentation des femmes dans ce film, pour le reste pas d’inquiétude, ça va aller vite !

☼ Pas raciste mais…

SOS Fantômes Ghostbusters Racisme Couleur

D’un point de vue des personnes racisées, il n’y a strictement rien d’intéressant. Le seul personnage racisé est Winston, qui est noir, et qui apparaît pendant la seconde moitié du film. Il n’y a rien à dire sur ce personnage, car si il a l’air fort sympathique et qu’il semble s’intégrer rapidement à la team, les relations entre chasseurs de fantômes sont tellement peu traitées que je n’aurai rien à dire sur le sujet, si ce n’est qu’avec seulement 1 personnage noir (14%) pour l’ensemble du film, ça fait beaucoup trop quota et c’est très décevant. Pour le reste des personnages importants, on a donc 86% de blanc.he.s.

☼ Et pour le reste ?

Ah oui, c’est vrai, on devait aussi parler des LGBT+/cishet, des personnes valides/en situation de handicap, de l’âge des personnages.
Bon, bah je vais vous la faire simple. Vous voyez ce rond bleu, là ? Bah il résume tout.
SOS Fantôme Ghostbusters Validisme Âgisme Identité Genre Orientation Sexuelle LGBTQIA+ Homophobie Transphobie Cisexisme #Data2Films

[Oui, 100% des personnages sont cisgenres, hétérosexuels/hétéroromantiques, valides, adultes]
[Oui, c’est bien du sel qui émane de ce paragraphe]

 

Pour conclure, S.O.S Fantômes est un film que j’ai bien aimé voir (malgré tout ce qui a été écrit plus haut), qui m’a énormément déçu au vu du temps énorme dédié à l’axe scénaristique centré sur Dana/son harcèlement par Peter et Louis/Etc par rapport à l’axe Chasse aux fantômes, mais je pense que je pourrai le revoir, et punaise qu’est-ce que leur chanson est cool à écouter !
En tout cas, j’ai hâte de voir comment le remake, en aillant inversé les genres des principaux personnages, va traiter de ces différents sujets et je pense que vous aurez très vite des nouvelles de ma part sur ce sujet !
N’hésitez pas à commenter pour me dire ce que vous avez pensé du film original, des personnages, des fantômes, du scénario, de l’analyse, ça m’intéresse toujours !

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2 réflexions sur “Focus sur… SOS Fantômes (1984)

  1. Il y a aussi quelque chose de gênant si on y réfléchit. Après avoir constaté la, heu, transformation de Dana en « femme fatale », Peter téléphone à Egon et lui annonce qu’il lui a fait prendre un médicament et qu’elle dort. On peut vraiment se demander pourquoi il a apporté un somnifère en rendant une visite de courtoisie à Dana. Qu’est-ce qu’il voulait faire avec? Il a des problèmes de sommeil ou il partait avec l’idée de la droguer?

    Super sympa votre blog, j’adore.

    Aimé par 1 personne

    • Oui, avec du recul cette scène est extrêmement dérangeante mais à l’époque je n’avais pas du tout relevé !
      Dans le meilleur des cas, on peut supposer qu’il s’agissait d’un simple ressort scénaristique ou éventuellement qu’il l’aurait trouvée dans la boîte à pharmacie de Dana en cherchant une solution. Toutefois vu comme Peter est abject avec elle du début jusqu’à la fin, cette hypothèse est malheureusement crédible… 😦

      Merci pour vos interventions toujours pertinentes ! 🙂

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